• (Industrial metal, en anglais), ou «indus-metal» Apparu à la fin des années 1980, l'indus-metal combine sonorités froides – électroniques et/ou bruitistes – de la musique industrielle et l'agressivité des guitares metal, le tout avec un esprit punk revendiqué.
Les groupes fondateurs (Ministry, puis Nine Inch Nails) s'affirment, avec leurs disques de la fin des années 1980, comme héritiers des grands pionniers bruitistes de la musique industrielle (Throbbing Gristle, Einstürzende Neubauten). Paru en 1989, The mind is a terrible thing to taste de Ministry fait office de manifeste, même si le groupe avait déjà mis la formule au point sur trois morceaux de leur précédent album (The Land of Rape and Honey, 1988). Pretty Hate Machine, premier album de Nine Inch Nails (1989) est également à considérer comme un album fondateur. La paternité de ce genre est néanmoins souvent attribuée aux Suisses de Young Gods. Leur démarche s'inscrit cependant davantage dans le courant electro-industriel, car contrairement aux groupes précités, ils ne jouent pas de la guitare, mais utilisent des samples.
• Répétitif, parfois hypnotique, l'indus-metal apparaît comme une musique déshumanisée, violente, apocalyptique.
-Les guitares confèrent aux morceaux une ambiance écrasante ou une tonalité agressive, se greffant à la froideur machinale des sons synthétiques. Parfois, cette répétitivité évoque en effet le monde industriel, la machine, l'usine...
-Quant aux thèmes des paroles, ils ont souvent à voir la décadence et la souffrance de l'homme dans un monde oeuvrant à sa ruine. Il y a quelque chose de prophétique chez certains artistes (Marilyn Manson et Ministry en tête, mais aussi Fear Factory), dans leur dénonciation virulente, et souvent mal vue par les autorités, du capitalisme, de la religion, de la guerre, des armes et de la société du spectacle.
-Certains artistes de ce courant musical s'inscrivent très clairement dans la tradition des protest-singers américains (Woody Guthrie, Bob Dylan, Joan Baez, Country Joe, etc.), y ayant apporté une radicalité punk.
-Sur un autre point, l'influence de la scène industrielle est à souligner. Qu'il s'agisse des clips, des pochettes ou des concerts, un grand soin est apporté à l'aspect visuel. Ainsi certains concerts complètent la musique par leur dimension théâtrale – bouffonne, grandiloquente, décadente ou sarcastique. Certains ont recours à de grands effets pour des shows à l'américaine (Marilyn Manson, Rammstein), d'autres aux projections sur écran (Ministry). La dimension de performance, chère à certains artistes industriels (Skinny Puppy, Coil, etc.) n'est jamais très loin.
• Dans la première partie des années 90, des groupes évoluant depuis une dizaine d'années dans la scène industrielle adoptent à leur tour des sonorités metal. Ce sera notamment le cas des Français de KMFDM, des Canadiens de Skinny Puppy et de Front Line Assembly, ou encore des Allemands de Die Krupps. Mais c'est surtout avec Nine Inch Nails que l'indus-metal sort de la confidentialité. Le EP Broken et la première édition du festival itinérant de Lollapalooza (1992) révèlent en effet le projet musical de Trent Reznor au grand public. Il devient alors le pape du genre, produisant d'ailleurs Marilyn Manson, qui au milieu des années 90, achève de populariser le genre, y ajoutant provocation et théâtralité, parachevant ainsi l'oeuvre de subversion de ses aïeux.
Né d'une fusion de genres, l'indus-metal des premiers temps n'était pas voué à l'immuabilité. Même ses fondateurs et pionniers ont évolué vers d'autres horizons musicaux, ce qui leur vaudra d'ailleurs de sévères revers, souvent injustifiés, de la critique et des fans (Ministry avec Filth Pig et Dark Side of the Spoon ; Nine Inch Nails avec The Fragile).
Il se survivra en fait dans les nombreuses métissages musicaux des années 90.
C'est notamment dans le grand melting-pot du néo-metal qu'on en retrouve des traces, avec des groupes aussi divers que Mushroomhead, Slipknot, Static-X, Filter ou Orgy. L'indus-metal, toujours avide de radicalité, s'acoquinera peu à peu avec les genres les plus sulfureux et les plus extrêmes du rock : death metal (premier album de Fear Factory ; Red Harvest), black metal, ou grindcore (The Berzerker). Killing Joke, de son côté, y insufflera des influences foncièrement extérieures aux musiques occidentales, en l'occurrence, des sonorités arabes (Pandemonium,1994). Quelques autres groupes plus discrets, mais non moins dignes d'intérêt : White Zombie, les projets parallèles de Ministry comme Lard ou les Revolting Cocks, les Norvégiens de Red Harvest. Côté Français, on ira voir du côté de Count Nosferatu Kommando (projet parallèle de membres du combo black metal Anorexia Nervosa) et Treponem Pal (dont le nom rappellera surtout à beaucoup de lecteurs une affaire de masturbation en public sur NPA) dont la musique vaut largement celle de certaines formations américaines.